Le nouvel entraîneur du club de Challenge League Yverdon-Sport FC a entraîné le FC St. Gallen, les Young Boys, GC et le FCZ. Diplômé en économie d’entreprise, il exerce comme entraîneur depuis bientôt vingt ans. Auparavant, il a longtemps joué comme défenseur professionnel dans l’ancienne Nationalliga B, notamment au SC Kriens.
En 2009, il est monté en Super League avec le FC St. Gallen. En 2013, il a remporté la Coupe et la deuxième place du championnat avec GC. Avec le FCZ, il a gagné la Coupe en 2016 et ramené le club en Super League en 2017. Uli Forte (47 ans) sait à quel point des chaînes d’approvisionnement qui fonctionnent et de bons achats sont essentiels, y compris dans le business du football.
Monsieur Forte, comment achète-t-on les « bons » joueurs ?
Le scouting est déterminant. Pour engager les bons joueurs, il faut un long travail en amont : observer, se renseigner, apprendre à connaître le joueur. Il faut essayer de réduire les mauvais achats au minimum. Beaucoup de clubs économisent sur le service de scouting, alors que c’est précisément ce service qu’il faudrait absolument développer, en y investissant une part financière importante. On croit économiser, mais au mauvais endroit. Au bout du compte, un transfert raté est la chose la plus coûteuse qui puisse arriver à un club.
Quelle influence un entraîneur devrait-il avoir sur les achats de joueurs – et pourquoi ?
L’achat de joueurs se déplace de plus en plus de l’entraîneur vers le club. Autrefois, l’entraîneur était le seul organe décisionnel. Aujourd’hui, les clubs y prennent une part croissante. La durée de vie d’un entraîneur s’est massivement raccourcie ces dernières décennies et les clubs en sont conscients. À mon avis, l’entraîneur doit avoir voix au chapitre, car c’est lui qui se retrouve ensuite chaque jour sur le terrain avec les gars. Il ne devrait pourtant pas décider seul. Sinon, il peut arriver qu’au bout de quelques mois le club doive composer avec des joueurs amenés par l’entraîneur tout juste licencié.
Quelle influence un bon entraîneur a-t-il sur le résultat final d’un match ?
Sur le résultat final, plutôt peu. Il peut tout au plus peser par les remplacements, désormais portés à cinq en raison de la pandémie. Mais pour le développement de l’équipe, il est déterminant. Il peut l’amener au niveau supérieur. Cette évolution à long terme est bel et bien à mettre au compte de l’influence de l’entraîneur.
Où et comment un entraîneur doit-il gérer les risques pour rendre son équipe compétitive ?
Dans le football, la gestion des risques réside dans la composition de l’équipe. Comme entraîneur, je dois trouver le bon équilibre entre joueurs offensifs et défensifs. Plus j’aligne une équipe offensive, plus grandes sont les chances de marquer beaucoup de buts. Mais plus grand est aussi le risque de ne pas être assez solide derrière. La disposition des différents joueurs est un aspect. L’autre concerne l’état d’esprit des joueurs. Si tous se ruent vers l’avant sans plus se soucier de la défense, on augmente immédiatement le risque.
Comment la « chaîne d’approvisionnement » sur le terrain doit-elle être construite pour marquer ou empêcher des buts ?
Les différents éléments doivent s’imbriquer et s’harmoniser au mieux. Chaque joueur doit connaître le raisonnement de chacun de ses coéquipiers et pouvoir anticiper son mouvement. C’est seulement ainsi que naît une synergie permettant aux équipes de marquer de superbes buts après des combinaisons parfaites, ou d’empêcher un but grâce à la collaboration entre plusieurs lignes. C’est comparable à un mouvement d’horlogerie ou à une chaîne d’approvisionnement parfaitement rodée dans l’industrie, le commerce ou les services.
Quelle importance a pour vous un bon réseau ?
Dans le football, un bon réseau est indispensable. Il donne au club accès à des ressources du monde entier, sur le plan financier comme sur le plan humain. Savoir qu’un grand talent joue en Australie peut créer de la valeur. Avec le temps, une telle valeur ajoutée peut hisser un club à un niveau financier supérieur et le rendre plus compétitif. Et ce joueur, je ne le trouve que grâce à mon réseau.
Comment construisez-vous une équipe ?
On commence toujours par examiner l’effectif existant et analyser s’il forme un ensemble homogène. Le bon mélange entre jeunes et joueurs plus expérimentés est-il présent ? Y a-t-il un chantier important sur le plan relationnel ? C’est selon tous ces critères que j’essaie de façonner l’équipe. L’un de mes principes les plus importants comme entraîneur a toujours été aussi la promotion des jeunes talents du centre de formation. Le propre centre de formation est le capital de chaque club. Et ce capital, il faut le développer.
A-t-on assez de temps pour cela ?
Dans le football, le prochain match est toujours aussi le plus important. On veut malgré tout façonner une équipe qui reste durablement performante sur une longue période. Cet exercice d’équilibre devient de plus en plus difficile dans le football ! Songez que la durée moyenne d’engagement d’un entraîneur de Bundesliga est tombée à un an à peine.
De quelles compétences un bon entraîneur doit-il disposer ?
Les compétences purement footballistiques sont bien sûr un préalable. Ce qui devient toujours plus important, c’est la compétence sociale de l’entraîneur. Il doit savoir comment atteindre chaque joueur. Une équipe compte jusqu’à 25 joueurs, tous de caractères et de nationalités différents. Cela exige souvent différentes formes de conduite. Un entraîneur doit maîtriser tout ce clavier. Mettre tout le monde dans le même sac, c’est du passé.
Vous avez étudié l’économie : un club de football doit-il être dirigé comme une entreprise ?
Sur le plan financier, certainement. Sur les questions de conduite, on ne peut comparer un club de football à une entreprise privée que dans une certaine mesure. Aujourd’hui, une équipe de football est un assemblage de « micro-entreprises » qu’il faut façonner en un ensemble homogène. S’y ajoute le fait que chaque semaine, parfois même deux fois par semaine, on fait le point au sein de l’équipe. Ce qui, dans une entreprise privée, a lieu quelques fois par an se fait dans le football au moins chaque semaine, voire tous les trois ou quatre jours. Le tout est en plus accompagné médiatiquement, et chaque mot ou geste d’un représentant devient public. On imagine bien que l’ensemble n’est pas si simple à gérer.
Vous avez récemment achevé la formation de manager sportif certifié HSG. Pourquoi ?
S’arrêter, c’est reculer ! J’ai toujours essayé de me former quand je n’avais pas d’engagement. La plupart du temps, j’ai suivi le travail d’entraîneurs au succès international. Cette fois, la pandémie ne l’a pas permis, car soit l’activité était suspendue, soit aucune visite n’était possible ensuite. J’ai donc examiné, en discutant avec Christian Lang (Managing Director HSG), l’idée de suivre la formation de manager sportif. Comme je m’imagine très bien travailler comme directeur sportif après ma carrière d’entraîneur, j’ai mis à profit la période du Covid pour entreprendre ces études. Ce fut un cursus très enrichissant, avec des participants issus de différents sports et de différents secteurs économiques.
Qu’ont pu vous apporter pour votre parcours des entraîneurs comme Jürgen Klopp, Pep Guardiola, Ottmar Hitzfeld, Ralf Rangnick, mais aussi Arno del Curto ?
Ils possèdent tous un immense capital d’expérience. Quand on peut observer leur travail quotidien sur une certaine durée, on découvre leur philosophie de jeu, leur méthode de travail et surtout leur manière d’aborder les joueurs. Cela a toujours été pour moi le point que j’ai observé avec le plus d’attention. Tous ces entraîneurs qui réussissent ont une compétence sociale remarquable et donc un très bon contact avec les joueurs.
Qu’est-ce que Vladimir Petkovic a fait juste avant et pendant l’Euro ?
L’équipe nationale est devenue une marque à succès dans le football mondial. Malgré certaines résistances, Vlado n’a jamais renoncé à sa manière de faire jouer son équipe. Il a poursuivi ses idées avec les joueurs de manière conséquente et ne s’est jamais laissé déstabiliser par les nombreux feux extérieurs. N’oublions pas combien de vent contraire il a dû affronter durant ces sept années, quand les journaux ont parfois sorti les plus gros titres contre lui ! C’est à mes yeux la plus grande performance, non seulement de Vlado et de son staff, mais aussi de l’Association suisse de football. Ils ne se sont jamais laissé troubler et ont poursuivi leur chemin en bloc.
Dans « l’acquisition » du nouveau sélectionneur, l’association a-t-elle fait la bonne analyse, pris en compte et pondéré correctement les critères importants – et donc bien acheté ?
Oui, l’Association suisse de football a bien analysé et acheté en conséquence. Avec Murat Yakin, elle a choisi un homme qui remplit tous les points du profil exigé d’un sélectionneur suisse. Muri connaît très bien le football suisse, comme entraîneur et comme ancien international. En Suisse, il a gagné des titres comme joueur et comme entraîneur. De plus, il a acquis de l’expérience à l’étranger en entraînant dans la première division russe. Étant lui-même issu de la deuxième génération, il connaît la mentalité des nombreux joueurs dans ce cas au sein de l’équipe nationale et sait se mettre à leur place.
Auteur : Mario Walser

